Actualités cliniques dans le domaine de la santé reproductive

Confirmation d’avortement complet

Dernière révision: 9/10/2025

Recommandation :

  • La plupart des personnes qui recourent à un avortement médicamenteux en suivant le traitement recommandé auront un avortement complet ; un suivi systématique n’est pas nécessaire.
  • Les prestataires de soins peuvent procéder à une évaluation clinique pour contribuer à confirmer la réussite de l’avortement.
  • Une échographie ou d’autres tests ne sont nécessaires que lorsque le diagnostic est douteux.

En pratique :

  • Les personnes qui subissent un avortement médicamenteux doivent recevoir des informations adéquates sur le moment où elles doivent obtenir des soins supplémentaires pour une complication éventuelle. Cela inclut :
    • des saignements abondants, à savoir lorsque plus de 2 serviettes hygiéniques sont saturées par heure, pendant 2 heures d’affilée ;
    • Fièvre ou symptômes similaires à ceux d’une grippe apparaissant plus de 24 heures après l’utilisation du misoprostol ;
    • Des douleurs sévères ou qui s’aggravent, y compris des douleurs qui pourraient indiquer une grossesse extra-utérine non diagnostiquée ;
    • Des pertes vaginales inhabituelles ou nauséabondes.
  • Les personnes qui subissent un avortement médicamenteux doivent recevoir des informations adéquates sur les signes et les symptômes qui pourraient indiquer que la grossesse se poursuit, une raison pour laquelle elles doivent consulter un médecin, notamment en cas :
    • D’absence totale de saignements ou saignements infimes au cours des 24 heures qui suivent la prise du misoprostol ;
    • De sensation, une semaine après la prise des médicaments, d’être toujours enceinte.
  • Les tests de grossesse urinaires peuvent encore présenter un résultat positif jusqu’à 4 semaines après un avortement médicamenteux réussi.

Poids de la recommandation : important

Qualité des éléments factuels : modérée

Avortement médicamenteux à l’aide de mifépristone et de misoprostol

Le taux de réussite d’un schéma de traitement combiné utilisant la mifépristone et le misoprostol pour un avortement médicamenteux jusqu’à 10 semaines de gestation est supérieur à 95 %, avec un taux de poursuite de la grossesse inférieur à 2 % (Chen et Creinin, 2015 ; Kulier et al., 2011 ; Raymond, et al., 2012). L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère qu’une visite de suivi systématique n’est pas nécessaire après un avortement médicamenteux à l’aide de mifépristone et de misoprostol (OMS, 2024), conseillant plutôt que les personnes soient informées de manière adéquate sur les symptômes de poursuite de la grossesse en cours et les autres raisons médicales qui nécessitent de revenir pour un suivi, telles que des saignements abondants et prolongés, l’absence totale de saignements en cas de prise en charge médicamenteuse de l’avortement, de douleurs non soulagées par des médicaments ou de fièvre. Plusieurs stratégies visant à confirmer la réussite d’un avortement médicamenteux et à identifier les rares cas de poursuite de la grossesse suite à l’utilisation d’un schéma de traitement utilisant la mifépristone et le misoprostol ont été examinées.

Autoévaluation par la personne concernée sur la base des symptômes observés

Les données factuelles indiquent que les personnes concernées sont capables de déterminer sans erreur si leur avortement médicamenteux par la mifépristone et le misoprostol a réussi, c’est-à-dire si l’expulsion de la grossesse a bien eu lieu. Dans les études ayant comparé l’évaluation par les patientes de l’expulsion sur la base de leurs propres symptômes observés à celle réalisée par un clinicien (Cameron, et al., 2015 ; Clark et al., 2010 ; Perriera et al., 2010 ; Rossi, Creinin et Meyn, 2004) et par le biais d’une échographie (Rossi et al., 2004), les personnes ont démontré à de multiples reprises qu’elles étaient en mesure de fournir une autoévaluation presque aussi exacte que les deux autres méthodes.

Évaluation clinique

Les prestataires de soins peuvent contribuer à confirmer la réussite d’un avortement à l’aide de mifépristone et de misoprostol lors d’une visite de suivi par passage en revue des antécédents de l’utilisatrice des services et en effectuant le cas échéant un examen bimanuel. Dans les études ayant comparé l’évaluation clinique à l’échographie (Rossi et al., 2004 ; Pymar, Creinin et Schwartz, 2001), les cliniciens étaient capables de déterminer avec un haut niveau d’exactitude l’expulsion de la grossesse.

Échographie

On peut recourir à une échographie pour confirmer la réussite de l’avortement mais ce n’est pas nécessaire et cela risque d’augmenter le coût et la complexité de l’avortement médicamenteux, en particulier lorsque les prestataires n’ont que peu d’expérience de l’interprétation d’une échographie après un avortement médicamenteux (Kaneshiro, et al., 2011). Une échographie est utile en cas de doute sur une éventuelle poursuite de la grossesse.

Test de grossesse sérique

Un test de grossesse sérique a été utilisé comme alternative à l’échographie pour confirmer une éventuelle poursuite de la grossesse après un avortement médicamenteux utilisant la mifépristone et le misoprostol et se comparait favorablement à l’échographie en termes de réduction des interventions lors du suivi (Clark, et al. ; 2007 ; Dayananda, et al., 2013 ; Fiala, et al., 2003). Un test de grossesse sérique est surtout utile si l’on dispose du taux d’hCG avant traitement à des fins de comparaison ; en cas de réussite de l’avortement médicamenteux, ce taux diminue de plus de 90 % sept jours après l’administration de mifépristone (Pocius et al., 2016). Un taux d’hCG sérique inférieur à 900 UI 14 à 21 jours après un avortement médicamenteux (< 63 jours de gestation) permet d’exclure une poursuite de la grossesse (Le Lous et al., 2018). Dans le cas d’un avortement médicamenteux très précoce (< 42 jours de gestation), une baisse de 80 % du taux d’hCG sept jours après l’administration de la mifépristone confirme la réussite de l’avortement médicamenteux (Bharadwa et al., 2024 ; Jar-Allah et al., 2025).

Test de grossesse urinaire

Un test de grossesse urinaire négatif permet de confirmer la réussite de l’avortement. Dans de rares cas, il peut cependant arriver que le test de grossesse soit négatif alors que la personne est toujours enceinte (faux négatif). Les tests de grossesse urinaire, qu’ils soient très sensibles ou peu sensibles, peuvent fournir un résultat positif alors que l’avortement médicamenteux a réussi (faux positif) en raison d’un taux d’hCG qui reste élevé pendant au moins 18 jours après un avortement médicamenteux (Cameron et al. 2012 ; Clark et al., 2010 ; Godfrey, et al., 2007 ; Perriera et al., 2010 ; Raymond et al., 2021). Dans une série de cas incluant 258 personnes ayant subi un avortement médicamenteux réussi et ayant effectué un test de grossesse à haute sensibilité quatre semaines après avoir pris de la mifépristone, 19 % ont obtenu un résultat faussement positif (Raymond et al., 2021). Un certain nombre d’études se sont intéressées à l’utilisation de tests de grossesse urinaire de faible sensibilité (Cameron et al., 2012 ; Cameron et al., 2015 ; Constant, et al., 2017 ; Iyengar et al., 2015 ; Michie et Cameron, 2014) ou de test semi-quantitatifs ou à plusieurs niveaux (Anger et al., 2019 ; Chong et al., 2020 ; Oppegaard et al., 2015 ; Raymond et al., 2017 ; Raymond et al., 2018b), souvent en association avec une liste de symptômes à contrôler, pour confirmer la réussite de l’avortement ou diagnostiquer une poursuite de la grossesse sans visite de suivi au centre. Une petite étude a randomisé 88 personnes dont la grossesse datait de moins de 63 jours pour qu’elles utilisent de manière indépendante un test de grossesse à faible sensibilité ou un test de grossesse à plusieurs niveaux afin de déterminer le succès de l’avortement médical, et a montré que les personnes pouvaient utiliser et interpréter correctement les résultats de ces tests (Fok et al., 2021).Un examen systématique mené en 2018 a évalué l’exactitude du recours à un test de grossesse de faible sensibilité pour mettre en évidence une éventuelle poursuite de la grossesse après un avortement médicamenteux (Raymond, Shocket et Bracken, 2018a) et a conclu qu’un test de grossesse de faible sensibilité positif ou non valide n’offre qu’une sensibilité modérée pour détecter une poursuite de la grossesse. Une étude ultérieure sur la précision du diagnostic a montré qu’un test de grossesse à faible sensibilité effectué deux semaines après l’administration de la mifépristone identifiait correctement toutes les grossesses en cours dans une cohorte de 558 personnes entre 64 et 70 jours de gestation ; le taux de faux positifs était de 15 % (Whitehouse, Shochet et Lohr, 2022).Une méta-analyse de 2017 reprenant sept études sur l’utilisation de tests de grossesse multi-niveaux pour confirmer la réussite d’un avortement par un schéma de traitement combiné jusqu’à 9 semaines de gestation a permis de constater que les tests identifiaient tous les cas de poursuite de la grossesse (21 personnes sur 1.599, 1,3 %) et que la plupart des personnes étaient à même de pratiquer correctement ces tests à domicile (Raymond et al., 2017a). Des tests de grossesse à plusieurs niveaux mesurent la concentration approximative d’hCG dans l’urine ; une baisse de la concentration d’hCG entre un test effectué immédiatement avant et une à deux semaines après l’avortement médicamenteux indique que l’avortement a réussi. Comme les taux d’hCG diminuent naturellement à la fin du premier trimestre, les tests de grossesse à plusieurs niveaux ne peuvent être utilisés qu’au début du premier trimestre (Chong, et al., 2020).

Deux examens systématiques réalisés en 2019 ont comparé les résultats chez des femmes ayant auto-évalué la réussite de leur avortement médicamenteux à domicile en associant un test de grossesse urinaire de faible sensibilité ou semi-quantitatif à une fiche d’instructions en images, une liste de symptômes ou pas de liste de symptômes et chez des femmes ayant bénéficié d’un suivi systématique au centre de soins (Baiju, et al., 2019 ; Schmidt-Hansen, et al., 2019). Ces deux examens reprenaient quatre études ayant inclus plus de 5 000 femmes et ont toutes deux conclu à l’absence de différence en termes de réussite de l’avortement, de poursuite de la grossesse, de nécessité d’une intervention chirurgicale ou d’incidence d’infection ou d’hémorragie entre les groupes d’auto-évaluation et ceux de suivi en centre de soins.

Avortement médicamenteux à l’aide de misoprostol seul

L’OMS indique qu’il n’est pas nécessaire d’assurer un suivi de routine après un avortement médicamenteux au misoprostol seul (2024), et conseille plutôt d’informer correctement les patientes sur les symptômes liés à la poursuite de la grossesse et des autres raisons médicales de revenir pour un suivi, telles que des saignements abondants et prolongés, l’absence totale de saignements après une prise en charge médicale de l’avortement, une douleur non soulagée par les médicaments ou de la fièvre. En raison du moindre taux d’efficacité (80 à 85 %) d’un avortement médicamenteux utilisant le misoprostol seul avant 13 semaines de gestation (von Hertzen et al., 2007), davantage de personnes utilisant le misoprostol seul pour leur avortement médicamenteux auront besoin de soins supplémentaires que celles utilisant le schéma combiné mifépristone et misoprostol.

Évaluation de suivi

Il n’y a pas eu d’études sur les différentes stratégies utilisables pour déterminer la réussite d’un avortement médicamenteux utilisant le misoprostol seul. Les stratégies de suivi envisageables, extrapolées des études sur le schéma de traitement combiné (détaillées précédemment) et des données programmatiques, sont notamment un relevé des antécédents et un examen clinique, un examen bimanuel, une échographie et/ou un test de grossesse sérique ou urinaire pour exclure une poursuite de la grossesse.

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