Recommandation :
- Administrer une antibiothérapie prophylactique avant une aspiration intra-utérine ou une procédure de dilatation et évacuation.
- Si l’on ne dispose pas d’antibiotiques, on doit malgré tout proposer une procédure d’évacuation utérine.
- Administrer une antibiothérapie curative aux femmes qui présentent des signes ou symptômes d’infections sexuellement transmissibles ; les partenaires de ces patientes nécessitent également un traitement. Le traitement ne doit en aucun cas retarder l’évacuation utérine.
En pratique :
- Lorsqu’une prophylaxie antibiotique est nécessaire, une dose unique de doxycycline (antibiotique de la famille des tétracyclines) ou de métronidazole (antibiotique de la famille des nitroimidazoles) est couramment utilisée en raison de son efficacité, de sa facilité d’administration par voie orale, de son faible coût et de son faible risque de réaction allergique.
Poids de la recommandation : important
Qualité des éléments factuels :
- Aspiration intra-utérine : élevée
- Dilatation et évacuation : très faible
- Avortement incomplet, rétention de tissus dans l’utérus ou mort fœtale intra-utérine : modérée
Risque d’infection
Lorsque l’on utilise des mesures objectives pour diagnostiquer les infections consécutives à un avorement par aspiration intra-utérine pratiqué avant 13 semaines de gestation, le taux d’infection varie de 0,01 à 2,44 % (Achilles et Reeves, 2011). Les études réalisées aux États-Unis avant le recours systématique à une antibiothérapie prophylactique font état de taux d’infection de 0,8 à 1,6 % suite à une procédure de dilatation et évacuation (Achilles et Reeves, 2011).
Éléments factuels en faveur d’une antibiothérapie prophylactique
Une méta-analyse menée en collaboration par Cochrane à partir de dix-neuf études cliniques randomisées et contrôlées a montré que l’administration prophylactique d’antibiotiques au moment d’une interruption volontaire de grossesse avant 13 semaines de gestation réduit dans une mesure significative le risque d’infection (Low, et al., 2012). Les éléments factuels en faveur d’une antibiothérapie prophylactique avant une procédure de dilatation et évacuation sont limités ; néanmoins, en raison du bénéfice démontré d’une antibiothérapie prophylactique avant une aspiration intra-utérine, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS, 2024), la Society of Family Planning (Cheng et al., 2025), l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG, 2018) et le Royal College of Obstetricians and Gynecologists (RCOG, 2018, réaffirmé 2022) recommandent une antibiothérapie prophylactique chez toutes les personnes qui subissent une aspiration intra-utérine ou une procédure de dilatation et évacuation.
Une méta-analyse Cochrane portant sur six essais contrôlés randomisés a montré que l’administration d’antibiotiques à titre prophylactique avant une évacuation utérine en cas d’avortement incomplet ou manqué (soins post-avortement) jusqu’à 22 semaines de gestation réduisait de manière significative le risque d’infection utérine lorsque l’analyse se limitait aux études de haute qualité (Ahmed et al., 2025). Parmi les études de la méta-analyse, la plus importante, un essai randomisé multinational qui a examiné les antibiotiques prophylactiques actuellement recommandés dans le cadre des soins post-avortement jusqu’à 22 semaines, a révélé que, lorsque des critères diagnostiques internationaux stricts pour l’infection pelvienne étaient appliqués, le nombre de femmes ayant développé une infection post-avortement était moins élevé dans le groupe recevant des antibiotiques prophylactiques que dans le groupe placebo (Lissauer et al., 2019 ; Serwadda, 2019). Une analyse secondaire de cette étude a montré qu’une antibiothérapie prophylactique est rentable, estimant qu’une prophylaxie systématique permettait d’économiser 8,5 millions de dollars dans deux régions, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du sud (Goranitis et al., 2019).
L’administration d’une antibiothérapie prophylactique est plus efficace et moins coûteuse qu’un dépistage de toutes les personnes qui se présentent pour des soins d’avortement pour traiter uniquement celles qui présentent des signes d’infection (Levallois et Rioux, 1988 ; Low et al., 2012). L’impossibilité de fournir des antibiotiques ne doit cependant pas limiter l’accès à l’avortement (OMS, 2024), puisque le risque global d’infection après une procédure d’avortement est extrêmement faible.
Schéma de traitement
De multiples schémas d’administration d’antibiotiques sont efficaces dans le cadre d’un traitement prophylactique avant un avortement (Cheng et al., 2025 ; Low et al., 2012). Les tétracyclines (doxycycline) et les nitro-imidazoles (métronidazole et tinidazole) sont fréquemment utilisés en raison de leur efficacité, de leur facilité d’administration par voie orale, de leur prix peu élevé et du faible risque de réactions allergiques ; l’efficacité des dérivés de la pénicilline a également été démontrée mais avec des risques d’allergie supérieurs (Achilles et Reeves, 2011 ; O’Connell et al., 2008 ; OMS, 2024). Bien que les études portant sur l’avortement soient limitées (Caruso et al., 2008), les éléments factuels de la littérature concernant l’obstétrique (Costantine et al., 2008), la gynécologie (Mittendorf et al., 1993) et la chirurgie générale (Classen et al., 1992) sont en faveur de la pratique consistant à administrer des antibiotiques avant la procédure afin de diminuer le risque d’infection. L’administration d’antibiotiques ne doit pas se poursuivre après l’avortement (Cheng et al., 2025 ; Caruso et al., 2008 ; Levallois et Rioux, 1988 ; Lichtenberg et Shott, 2003).
Le tableau ci-après reprend les schémas de traitement recommandés par les organisations professionnelles. Ces schémas reposent sur des données cliniques et des avis de spécialistes.
Tableau 1.3.1. Schémas d’antibiothérapie prophylactique
| Auteur de la recommandation | Schémas de traitement usuels |
| Doxycycline 200 mg par voie orale avant la procédure ou Azithromycine 500 mg par voie orale avant la procédure ou Métronidazole 500 mg par voie orale avant la procédure Society of Family Planning (Cheng et al., 2025) |
Society of Family Planning (Cheng et al., 2025) |
| Doxycycline 200 mg par voie orale ment dans l’heure qui précède la procédure | American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG, 2018, réaffirmé 2022) |
Antibiotiques en association avec des dilatateurs osmotiques
Bien que cela n’ait pas été étudié de manière approfondie, la préparation cervicale au moyen de dilatateurs osmotiques ne semble pas accroître le risque d’infection (Fox et Krajewski, 2014 ; Jonasson et al., 1989). Certains prestataires débutent les antibiotiques au moment de la mise en place du dilatateur osmotique mais aucune étude n’a évalué le bénéfice d’une telle pratique (White et al., 2018). La prophylaxie antibiotique associée à la mise en place d’un dilatateur ne doit pas se substituer à la prophylaxie antibiotique administrée au moment de l’intervention d’évacuation utérine (Cheng et al., 2025).
Antibiothérapie curative
Les personnes à haut risque doivent être dépistées pour les infections sexuellement transmissibles en plus de l’antibiothérapie prophylactique. Les personnes qui présentent des signes et symptômes d’infections sexuellement transmissibles doivent bénéficier sans retard de soins d’avortement et recevoir une antibiothérapie appropriée conformément aux schémas de traitement basés sur des données factuelles (Cheng et al., 2025 ; OMS, 2024 ; OMS, 2021). Les partenaires de ces personnes nécessitent également un traitement (OMS, 2025 ; OMS, 2021).
Ressources
Bibliographie
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