Principales informations :
- Par rapport à celles qui viennent se présenter à un âge gestationnel moins avancé, les personnes demandeuses d’un avortement à partir de 13 semaines de gestation ont davantage tendance à être jeunes, à avoir été victimes de violences, à avoir détecté leur grossesse plus tardivement, à éprouver des sentiments ambivalents à propos de la décision de mettre un terme à leur grossesse et/ou à être confrontées à des obstacles financiers et logistiques qui les empêchent d’accéder aisément à des soins médicaux. Par ailleurs, certaines indications médicales ou fœtales à un avortement peuvent ne devenir détectables qu’après 13 semaines. Les raisons d’une demande d’avortement à partir de 13 semaines de gestation apparaissent fort similaires dans tous les pays et toutes les cultures et concernent majoritairement des personnes plus vulnérables.
Qualité des éléments factuels : faible
Épidémiologie des avortements à partir de 13 semaines de gestation
Alors que les avortements à partir de 13 semaines de gestation ne représentent qu’un faible pourcentage (10 à 15 % environ) de l’ensemble des avortements dans le monde, ils sont responsables de la plupart des complications importantes consécutives à un avortement (Harris et Grossman, 2011 ; Jatlaoui et al., 2019 ; Loeber et Wijsen, 2008). Dans des contextes où la législation est restrictive ou dans des régions où l’accès à des soins d’avortement est limité, les demandes de soins après avortement à partir de 13 semaines de gestation sont courantes. Au Cambodge, 17 % des personnes demandeuses de soins après avortement se présentent à partir de 13 semaines de gestation ; elles sont 13 % en Éthiopie et 41 % au Kenya. (African Population and Health Research Center, 2013 ; Fetters, et al., 2008 ; Gebreselassie et al., 2010).
Pourquoi des personnes viennent-elles demander un avortement à 13 semaines de gestation ou plus ?
Jeune âge de la personne : Les personnes adolescentes et les très jeunes personnes sont proportionnellement les plus nombreuses à venir demander un avortement à 13 semaines de gestation ou plus (Espinoza, Samandari et Andersen, 2022 ; Kebede et al., 2025). Aux États-Unis, 23,7 % des personnes adolescentes de moins de 15 ans et 12,4 % des jeunes personnes de 15 à 19 ans qui cherchent à obtenir des soins d’avortement le font alors qu’elles ont déjà dépassé 13 semaines de gestation (Jatlaoui et al., 2019). À Mexico City, les personnes adolescentes représentaient 9 % de l’ensemble des personnes demandeuses d’un avortement entre 2007 et 2015 ; elles représentaient par contre 13 % personnes demandeuses d’un avortement au-delà de 12 semaines de gestation (Saavedra-Avendano et al., 2018). Des études plus restreintes réalisées en Éthiopie, en Inde, au Kenya, au Népal, à Singapour et aux États-Unis montrent que le jeune âge constitue un facteur de risque de demande tardive (Bonnen, Tuijje, et Rasch, 2014 ; Foster et Kimport, 2013 ; Lim, Wong, Yong, et Singh, 2012 ; Sowmini, 2013 ; Ushie et al., 2018). Une enquête menée aux États-Unis auprès de personnes souhaitant avorter a révélé que de nombreuses adolescentes ne savaient pas où se faire avorter, ce qui entraînait des retards (Chiu, Braccia et Jones, 2024).
Détection tardive de la grossesse :
Un facteur de risque fréquemment retrouvé dans toutes les études portant sur les personnes demandeuses d’un avortement à partir de 13 semaines de gestation ou plus est une détection tardive de la grossesse. Une mauvaise compréhension et une mauvaise connaissance des signes et symptômes de fertilité et de grossesse affectent la reconnaissance individuelle de la grossesse (Somefun, Harries et Constant, 2021), en particulier chez les jeunes (Chiu, Braccia et Jones, 2024 ; Espinoza, Samandari et Andersen, 2020). L’absence de signes et symptômes de grossesse, des menstruations irrégulières, l’utilisation d’une méthode contraceptive ou une aménorrhée après une grossesse récente peuvent masquer les signes physiques d’une grossesse et en retarder le diagnostic (Constant et al., 2019 ; Drey et al., 2006 ; Foster, Gould et Biggs, 2021 ; Foster et Kimport, 2013 ; Gallo et Nghia, 2007 ; Harries et al., 2007 ; Ingham et al., 2008 ; Jones et Jerman, 2017 ; Kebede et al., 2025 ; Mehiretie et al., 2025 ; Purcell et al., 2014) Dans une étude de cas-contrôles réalisée aux États-Unis, les personnes qui ont demandé un avortement au-delà de 20 semaines de gestation étaient beaucoup plus nombreuses à n’avoir découvert qu’elles étaient enceintes qu’à 8 semaines de gestation ou encore plus tardivement (68 %) comparativement aux personnes qui ont eu recours à un avortement avant 13 semaines (12 %) de gestation (Foster et Kimport, 2013).
Ambivalence et/ou difficultés à prendre la décision de recourir à un avortement :
Certaines personnes ont besoin de davantage de temps pour prendre leur décision en raison de pressions sociales, de craintes, de leurs convictions religieuses et/ou de changements dans leur relation. Pour d’autres, une modification de leur situation (par exemple abandon de la part de leur partenaire) les amène à demander un avortement après avoir initialement prévu de mener leur grossesse à terme (Foster et Kimport, 2013 ; Gallo et Nghia, 2007 ; Harries et al., 2007). Une attitude hostile de la part de sa famille et de ses ami(e)s peut également retarder le moment où une personne vient demander des soins (Waddington, Hahn, et Reid, 2015).
Obstacles financiers et logistiques :
La pauvreté (Goyal et al., 2020 ; Sium et al., 2022 ; Usta et al., 2008), un statut de migrant (Gonzalez-Rabago et al., 2017 ; Loeber et Wijsen, 2008), le fait de vivre en milieu rural (Bonnen et al., 2014 ; Kebede et al., 2025 ; Mehiretie et al., 2025 ; Ushie et al., 2018), le chômage (Gonzalez, Quast et Venanzi, 2019 ; Van de Velde et al., 2019), et l’absence d’assurance santé (Raidoo et al., 2020) sont autant de facteurs de risque et expliquent pourquoi certaines personnes se présentent pour des soins d’avortement à 13 semaines de gestation ou plus. Les retards peuvent être liés à la nécessité de réunir suffisamment d’argent pour couvrir le coût de l’intervention, d’autant plus que les interventions plus tardives sont plus onéreuses (Foster et Kimport, 2013 ; Kiley, Yee, Niemi, Feinglass et Simon, 2010). Les avortements à 13 semaines de gestation ou plus sont pratiqués dans un nombre limité d’établissements et la logistique des déplacements pose des difficultés à de nombreuses personnes. (Goyal et al., 2020 ; Ludwigson et al., 2024 ; Sium et al., 2021 ; White et al., 2021). Il a été démontré, dans une étude de cas-témoins portant sur des personnes se présentant pour obtenir un avortement à plus de 20 semaines de gestation, que celles-ci étaient bien plus susceptibles de s’être déplacées pendant plus de trois heures pour accéder aux soins que les personnes qui se présentaient à des stades de gestation plus précoces. (Foster et Kimport, 2013). À 13 semaines de gestation ou plus, il peut arriver que les personnes concernées aient été orientées vers d’autres centres de soins ou avoir du mal à trouver un prestataire avant de finalement pouvoir accéder aux soins (Drey et al., 2006 ; Harries et al., 2007). Il arrive également que certaines personnes se trouvent contraintes de se rendre à l’étranger pour obtenir un avortement légal après 13 semaines de gestation (Cameron et al., 2016 ; Loeber et Wijsen, 2008).
Indications fœtales :
Le diagnostic anténatal d’anomalies fœtales est généralement posé au-delà des 12 premières semaines de gestation et certaines femmes peuvent prendre la décision de mettre un terme à leur grossesse suite à ce diagnostic (Edling, Lindstrom et Bergman, 2021 ; Lyus et al., 2013).
Indications maternelles :
Un problème médical qui s’aggrave au cours de sa grossesse ou une nouvelle maladie apparaissant durant la grossesse peut mettre en danger la vie ou la santé de la personne enceinte (Kiver, Altmann, Kamhieh-Milz et Weichert, 2019). Une prééclampsie grave ou une rupture prématurée des membranes avant terme peut nécessiter une interruption volontaire de grossesse pour sauver la vie de la personne enceinte (American College of Obstetricians and Gynecologists, 2015).
Femmes victimes de violences :
Les femmes victimes de violences sont exposées à un risque accru de demande tardive (Colarossi et Dean, 2014 ; Perry et al., 2015). Les personnes adolescentes et les jeunes personnes, en particulier celles âgées de 10 à 14 ans, sont plus susceptibles de tomber enceinte à la suite d’un viol, d’un inceste ou de relations sexuelles tarifées, et de se présenter ensuite à un stade avancé de leur grossesse pour se faire avorter (Espinoza, Samandari et Andersen, 2020).
Échec de l’avortement :
Bien que l’échec de procédure soit rare, les personnes dont la grossesse se poursuit après un avortement avant 13 semaines peuvent ne pas réaliser qu’elles sont toujours enceintes avant d’atteindre 13 semaines de gestation ou plus (Gallo et Nghia, 2007).
Croyances culturelles :
Dans de rares cas, il existe des croyances locales selon lesquelles un avortement à partir de 13 semaines est plus sûr qu’un avortement au cours des 12 premières semaines de gestation, ce qui peut amener les personnes à retarder la demande de soins (Marlow et al., 2014). Les données issues d’une enquête nationale représentative menée auprès des ménages en Inde ont révélé que les femmes qui n’avaient pas de fils étaient plus susceptibles de reporter leur avortement au-delà de la 13e semaine (Shekar, Sahoo et Das, 2024).
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