Recommandation :
- Un bloc paracervical par un anesthésique local est une méthode efficace de contrôle de la douleur et doit faire partie intégrante de toute procédure d’aspiration intra-utérine, de mise en place de dilatateurs osmotiques et de dilatation et évacuation.
- De nombreux prestataires de santĂ© diffĂ©rents – y compris des cliniciens associĂ©s et associĂ©s avancĂ©s, des infirmières, des sages-femmes, des professionnels de la mĂ©decine traditionnelle et complĂ©mentaire, des infirmières et infirmières obstĂ©triciennes auxiliaires – peuvent pratiquer l’anesthĂ©sie paracervicale de manière sĂ»re et efficace.
- Un bloc paracervical n’est pas un moyen efficace pour contrôler la douleur associée à l’expulsion des produits de conception lors d’un avortement médicamenteux à partir de 13 semaines de gestation.
- Il est recommandĂ© pour faire un bloc paracervical d’injecter 20 ml de lidocaĂ¯ne Ă 1 % Ă une profondeur de 3 cm. Si l’on ne dispose pas de lidocaĂ¯ne Ă 1%, on peut la remplacer par 10 ml de lidocaĂ¯ne Ă 2%, mĂªme si les donnĂ©es factuelles en faveur de l’utilisation de lidocaĂ¯ne Ă 2 % sont peu nombreuses. Il convient d’utiliser une technique d’injection paracervicale en deux points ou en quatre points.
Dans la pratique :
- Un bloc para cervical doit Ăªtre utilisĂ© dans toutes les procĂ©dures d’évacuation utĂ©rine qu’il s’agisse d’un avortement induit ou de soins après avortement.
Poids de la recommandation : important
Qualité des éléments factuels : élevée
Anesthésie locale pour le contrôle de la douleur
Aspiration intra-utérine
Une analyse systĂ©matique de 2024 qui a Ă©valuĂ© le bloc paracervical lors de procĂ©dures d’avortement est parvenue Ă la conclusion que celui-ci attĂ©nue la douleur lors de la dilatation cervicale et de l’aspiration utĂ©rine mais non la douleur après la procĂ©dure par rapport Ă un placebo ou Ă l’absence d’anesthĂ©sie (Renner, et al., 2024). Lors de la meilleure Ă©tude disponible sur le bloc paracervical, 120 patientes ayant subi un avortement par aspiration avant onze semaines de gestation ont Ă©tĂ© randomisĂ©es pour recevoir soit un bloc paracervical par 20 ml de lidocaĂ¯ne Ă 1 % tamponnĂ©e avec du bicarbonate de sodium et injectĂ©e Ă une profondeur de trois centimètres en quatre points paracervicaux, soit une pseudo-injection lors de laquelle une aiguille capuchonnĂ©e Ă©tait appliquĂ©e au niveau de la jonction cervico-vaginale pour imiter l’administration d’un bloc paracervical. Les personnes ayant reçu le bloc paracervical avaient eu moins mal pendant la dilatation et l’aspiration que celles ayant reçu la pseudo-injection (Renner, et al., 2012). Une injection plus en profondeur (3 cm) de l’anesthĂ©sique amĂ©liore le contrĂ´le de la douleur par rapport Ă une injection superficielle (1,5 cm) (Cetin et Cetin, 1997 ; Renner, et al., 2010). Une Ă©tude randomisĂ©e et contrĂ´lĂ©e ultĂ©rieure a montrĂ© que, comparĂ© Ă la lidocaĂ¯ne seule, l’ajout de bicarbonate de sodium Ă celle-ci (1 ml de bicarbonate de sodium Ă 8,4 % par 10 ml de solution d’anesthĂ©sique) ne diminuait pas les scores de douleur au moment de l’injection ou lors de la dilatation cervicale (Chin et al., 2020). On ne sait pas avec certitude si une technique d’injection en quatre points est supĂ©rieure Ă une technique d’injection en deux points. Dans une Ă©tude randomisĂ©e, une technique en quatre points Ă©tait supĂ©rieure Ă une technique en deux points, mais la diffĂ©rence en termes de douleur ressentie Ă©tait faible (Renner et al., 2016). Dans une autre Ă©tude randomisĂ©e, on n’a pas constatĂ© de diffĂ©rence en termes de douleur entre les techniques en deux et en quatre points (Glantz et Shomento, 2001). Une pĂ©riode d’attente entre l’injection et la dilatation cervicale n’est pas nĂ©cessaire car cela n’amĂ©liore pas le contrĂ´le de la douleur (Phair, Jensen et Nichols, 2002 ; Renner et al., 2016 ; Wiebe et Rawling, 1995).
On ignore si le volume d’anesthĂ©sique administrĂ© influence le soulagement de la douleur ; un essai randomisĂ© portant sur 114 personnes ayant subi une aspiration utĂ©rine n’a rĂ©vĂ©lĂ© aucune diffĂ©rence dans la douleur rapportĂ©e lorsque les personnes recevaient un bloc paracervical de 40 ml de lidocaĂ¯ne Ă 0,5 % ou de 20 ml de lidocaĂ¯ne Ă 1 % (Crouthamel et al., 2022), tandis que deux Ă©tudes d’observation comportant des variables significativement confondantes ont montrĂ© que les personnes qui avaient reçu un bloc de 20 ml ont rapportĂ© des scores de douleur infĂ©rieurs Ă celles qui avaient reçu un bloc de 10 ml (Alent et al., 2006 ; Wiebe, 1992). Les prestataires de soins doivent veiller Ă Ă©viter une injection intravasculaire accidentelle afin de limiter la toxicitĂ© potentielle liĂ©e Ă la dose de lidocaĂ¯ne (Lau, et al., 1999), et peuvent prĂ©fĂ©rer une technique d’injection en deux points lorsqu’une dose plus faible d’anesthĂ©sique est utilisĂ©.
Chez les personnes ayant bénéficié d’une sédation profonde pour le contrôle de la douleur, il n’est pas certain que l’administration d’un bloc paracervical apporte un bénéfice supplémentaire (Kan, Ng et Ho, 2004 ; Renner et al., 2010 ; Wells, 1992 ; Wong, et al., 2002). Lors de l’utilisation d’une anesthésie générale, l’administration d’un bloc paracervical n’apporte aucun bénéfice supplémentaire (Hall, et al., 1997 ; Renner et al., 2010).
Dilatation et évacuation
Aucune Ă©tude n’a Ă©valuĂ© le bloc paracervical pour le contrĂ´le de la douleur lors d’une procĂ©dure de dilatation et Ă©vacuation sans sĂ©dation ou anesthĂ©sie concomitante. Une Ă©tude randomisĂ©e s’est intĂ©ressĂ©e Ă l’utilisation d’un bloc paracervical lors d’une procĂ©dure de dilatation et Ă©vacuation chez des patientes ayant Ă©galement bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une sĂ©dation profonde ou d’une anesthĂ©sie gĂ©nĂ©rale ; l’association d’un bloc paracervical n’a pas attĂ©nue la douleur postopĂ©ratoire (Lazenby, Fogelson et Aeby, 2009). La recommandation d’administrer un bloc paracervical pour une procĂ©dure de D&E est extrapolĂ©e Ă partir des donnĂ©es provenant des Ă©tudes portant sur l’aspiration intra-utĂ©rine et de deux Ă©tudes randomisĂ©es et contrĂ´lĂ©es portant sur 41 personnes qui ont mis en Ă©vidence une rĂ©duction significative de la douleur lors de la mise en place des dilatateurs osmotiques suite au recours Ă un bloc paracervical (Soon, et al., 2017). L’autre Ă©tude a portĂ© sur 91 personnes et a mis en Ă©vidence qu’un volume plus faible d’anesthĂ©sique (12ml de lidocaĂ¯ne Ă 1 %) n’était pas infĂ©rieur Ă celui d’un volume plus Ă©levĂ© (20ml de lidocaĂ¯ne Ă 1 %) pour gĂ©rer la douleur liĂ©e Ă la mise en place d’un dilatateur osmotique (Shaw et al. 2021).
Avortement médicamenteux
Aucune étude n’a évalué l’administration d’un bloc paracervical pour le contrôle de la douleur lors d’un avortement médicamenteux avant 13 semaines de gestation. Deux études portant sur le recours à un bloc paracervical lors d’un avortement médicamenteux à partir de 13 semaines de gestation n’ont mis en évidence aucune amélioration en termes de contrôle de la douleur (Andersson, et al., 2016 ; Winkler, et al., 1997).
Qui est habilité à réaliser un bloc paracervical
L’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS), dans le cadre de la prestation de services pour l’aspiration utĂ©rine, recommande l’administration systĂ©matique d’un bloc paracervical (OMS, 2024). Les agents de santĂ© ayant les compĂ©tences nĂ©cessaires pour effectuer une procĂ©dure transcervicale et un examen pelvien bimanuel visant Ă diagnostiquer une grossesse et Ă dĂ©terminer l’Ă¢ge gestationnel en fonction de la taille de l’utĂ©rus, peuvent Ăªtre formĂ©s pour effectuer une aspiration sous vide avec rĂ©alisation d’un bloc paracervical. OMS indique que l’aspiration de l’utĂ©rus fait partie du champ d’activitĂ© des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes et mĂ©decins spĂ©cialistes, et recommande que l’aspiration soit pratiquĂ©e par des cliniciens associĂ©s et des cliniciens associĂ©s de niveau avancĂ©, des sages-femmes et des infirmières, sur la base de preuves de sĂ©curitĂ© et d’efficacitĂ© avec un niveau de certitude modĂ©rĂ©. L’OMS suggère que les infirmières et les sages-femmes auxiliaires peuvent Ăªtre en mesure de pratiquer l’aspiration utĂ©rine dans les contextes oĂ¹ elles fournissent des soins obstĂ©triques d’urgence de base (OMS, 2024). Pour plus d’informations sur les personnes habilitĂ©es Ă effectuer des tĂ¢ches spĂ©cifiques liĂ©es aux soins d’avortement, voir Annexe C : Recommandations de l’Organisation mondiale de la SantĂ© concernant les rĂ´les des agents de santĂ© dans la dispensation des soins d’avortement.
Technique
Pour plus d’informations sur la technique de réalisation d’un bloc paracervical, voir : Technique de réalisation d’un bloc paracervical – Aide-mémoire, dont le lien figure ci-dessous.
Ressources
Annexe: Tableau des analgésiques
Annexe: Continuum des niveaux de sédation : définition de l’anesthésie générale et des niveaux de sédation/d’analgésie
Vidéos sur les soins d’avortement – Ipas : Comment réaliser un bloc paracervical
Bibliographie
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